Avril 2018 Les primeurs

La vente de vins en Primeurs est très adaptée au fonctionnement de notre profession et chaque fois l’occasion d’un moment festif et affairé, alimenté par le sel de la découverte. Pour nous, tout se passe en avril au Château Fonroque qui accueille traditionnellement quelques membres de Biodyvin et partage ainsi une pratique locale avec d’autres contrées. Nous y présentons le tout dernier né du Château Fonroque ainsi que celui de Mazeyres. Sur deux journées enrichies d’une soirée de conférence et de rencontre artistique, nous croisons par centaines des amoureux fous du vin, qui fouillent les dimensions de leur passion comme des explorateurs. Toutes les professions concernées participent et de nouveaux visages apparaissent chaque année à côté des fidèles qui ne manquent jamais le rendez-vous. « Dans ces moments, dit Alain Moueix, j’ai toujours une pensée pour la rareté de tels dispositifs dans le monde du commerce où l’on vend vite des choses immédiatement utilisables et vouées à une obsolescence programmée. Ici, on achète ce qui n’existe pas encore à proprement parler, un « à venir » qui de plus est fait pour durer ». Parce que la primeur de la parole est aussi un privilège à partager, nous ouvrons de temps à autres des lucarnes sur les échanges captés par les oreilles attentives. Un regard dans les coulisses de préparation de ce moment unique.

 

Quel a été votre programme de travail ce matin ?

A-M : Nous avons gouté les Mazeyres 2017 avec Ludovic Guibert, et je les ai mieux goutés qu’il y a un mois. Ils ont gagné en finesse, en raffinement (sourire heureux). Dans ces périodes le vin change énormément d’une dégustation à l’autre. Il nous donne à voir le spectre complet de sa personnalité et son niveau d’expressivité. Lorsque j’ai gouté Fonroque il y a un mois, j’ai trouvé un breuvage aérien et ouvert. J’avais l’impression d’être face à un danseur. Hier, lors de la dégustation avec Laurent Nougaro, le vin était littéralement ramassé sur lui-même. Il est difficile de parler de ses vins avant les Primeurs sans craindre de décrire un breuvage complètement différent de ce qui sera gouté à l’instant T.

 

Si on revient à ce mouvement dont vous parliez tout à l’heure avec la métaphore du danseur, il n’est pas étonnant que le vin doive ramasser tout son potentiel pour prendre son élan et vous apparaître tel que vous le décriviez tout à l’heure.

 A-M : C’est vrai (sourire). C’est ce qui fait que je ne suis pas inquiet au sujet de leur devenir. Ils savent grandir et vieillir harmonieusement. La biodynamie les a rendu libres et aussi très fiables. Mais qu’en sera-t-il au moment précis des primeurs ? (rires). Malgré l’expérience on a toujours le trac quand arrive le moment de partager le nouveau millésime, parce qu’on ne peut pas demander au vin de s’assagir sous un profil photogénique. Il ne se laisse pas faire.

 

J’ai entendu des galeristes ou des encadreurs dirent d’une œuvre au moment de son accrochage ou de son encadrement, qu’elle ne se laissait pas faire. Et bien souvent il s’agissait de chef-d’œuvre. Cette comparaison vous parle ?

 A-M : J’ai aussi constaté cela parfois lors d’expositions ou d’accrochages de Galeries. On pouvait voir combien l’œuvre se sentait à l’étroit ou portait le mur au lieu d’être portée par lui (rires). Parfois même les œuvres ne s’entendent pas avec ceux qui les exposent ou les regardent. Aucune manipulation directive n’est possible avec ces choses. Les Primeurs c’est un peu le jour du vernissage et nous essayons de faire des vins très sincères et proches des personnes.

 

Vous me disiez qu’à Mazeyres le ressenti était plutôt ascendant ?

A-M : Oui. Quand je pense au côté terreux, un peu rustique, que me présentait Mazeyres il y a un mois et la subtilité soyeuse qu’il développe aujourd’hui, je me dis qu’en effet les Primeurs c’est épineux. La biodynamie ouvre la singularité du breuvage autant que sa vitalité et les étapes de croissance se succèdent sans correspondre aux rendez-vous du marché. Mais il est important d’accepter le risque d’être mal compris au moment des Primeurs. Risque contenu puisque l’expérience nous a montré que les grands dégustateurs ne s’y trompent que très rarement.



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